Les enfants et le handicap

12 Déc

Comme je l’ai déjà dit précédemment, dans la famille niveau santé on est plutôt mal loti. Je ne vais pas faire l’étalage des pathologies qui touchent mes proches, déjà ce serait trop long et puis c’est chiant. Mais je voudrais évoquer une partie de ce qui fait ma vie et qui touche aussi mon cupidon. Le handicap. Pas pour faire pleurer dans les chaumières ou appeler au don pour une association, mais seulement pour vous faire partager un peu de cette relation enfant/handicap parce que ça me touche personnellement.

parent-handi

Les enfants sont formidables, on le sait très bien ou pas d’ailleurs, mais moi je peux te le dire, ils le sont ! Ou alors dans mon panel d’enfant je n’ai eu affaire qu’à des « surenfant » mais ça m’étonnerait fort. Le commun des mortels s’inquiète, se demande comment les parents/grands-parents handicapés arrivent à s’occuper de leurs enfants seuls. Que ce doit être difficile ou impossible et pourtant.

Pourtant, j’ai grandit avec une maman et un papa handicapés, ils se complètent. L’un c’est le bras, l’autre la jambe. Pourtant mon enfance a été aussi normale qu’une autre. Normale mais différente. En quoi ? Comment on fait mes parents ? Avaient-ils une aide ? Aucune.
Bien entendu, selon le degré d’handicap, une aide est nécessaire mais dans beaucoup de cas, ce ne sont pas les parents qui s’adaptent, ils se sont adaptés toute leur vie à leur handicap, ce sont les enfants qui s’adaptent à leur parent…

Dès le plus jeune âge, à peine quelques semaines, l’enfant comprend, je ne sais pas comment ni pourquoi, mais il sait. Lorsque mon père venait me prendre dans mon berceau (je ne me souviens pas, mais mon entourage en a beaucoup parlé tellement ça les avait surpris) je creusais le dos pour qu’il puisse y passer sa seule main. Plus tard, alors que je gigotais comme un asticot dans mon parc, sitôt dans « le bras » de mon père, je ne faisais pas de geste inconsidéré, je ne bougeais plus. Avais-je déjà compris que la chute me guettait si je bougeais trop ? Savais-je déjà les conséquences de n’avoir qu’un seul bras ? Je n’en sais rien. Il n’empêche que je bougeais comme une folle dans les deux bras de ma mère, parce qu’elle en avait deux pour bien me tenir.

Ma mère a une polio, elle boite donc fortement et a très peu d’équilibre. Jamais je n’ai eu l’idée, dès mes premiers pas, de m’accrocher à sa jambe, de lui foncer dessus pour rigoler. Quand on marchait main dans la main, je ne m’échappais pas pour qu’elle me court après, chose que je faisais avec mon père… il avait ses deux jambes donc c’était possible.

A tout âge, je me suis « adaptée » sans que je le ressente comme un sacrifice, comme quelque chose de contraignant ou pas normal. Je l’ai fait parce que c’était comme ça et pas autrement, sans me poser de question et ce dès mes premiers jours. Pourtant chatouilleuse, je ne bougeais pas quand mon père tenait la couche avec sa bouche en prenant le scratch de sa seule main pour le coller. Alors que la moustache ça chatouille ! Je rigolais de bon cœur mais je ne bougeais pas, sous peine qu’il soit impossible à mon père d’attacher cette couche. Par contre quand ma mère me changeait, je ne lui facilitais pas la tâche, elle pouvait se débrouiller avec ses deux mains après tout.

Je n’étais pas une enfant « unique », tous les enfants de parents handicapés s’adaptent. Avant je pensais que ça ne s’appliquait qu’à leurs enfants. Depuis que Cupidon est né, je me rend compte que les petits enfants s’adaptent tout aussi bien à leurs grands-parents handicapés. Sans nul besoin d’expliquer.

Ma mère peine à marcher avec cupidon dans les bras depuis qu’il a dépassé les 7 kg à peu près. Ce n’est pas impossible mais juste plus fatiguant. Alors qu’il fallait et qu’il faut encore que je cours après cupidon pour lui changer sa couche, il se dirige sans supplique dans la chambre quand mamie veut le changer. Et ce, depuis qu’il marche à quatre pattes !
Alors qu’il me fonce dessus version « taureau vers sur un toréador », il prend soin de sa petite mamie en lui disant « paaadon » quand il veut passer. Inutile de te dire combien de fois il a poussé ma jambe de colère pour que je lui laisse le passage.
Il a le même comportement d’adaptation avec ses grands-parents, que je l’avais avec mes parents. Pourtant il n’a pas « grandit avec eux », les voit pas aussi souvent, mais dès ses premières semaines il a lui aussi creusé le dos pour que papi le prenne dans les bras, il s’est accroché solidement quand mamie marchait/boitait alors qu’il était dans ses bras ou qu’elle lui faisait faire un tour sur son fauteuil roulant.
Les exemples sont légions, il m’étonne chaque jour alors que ça ne devrait pas. Ma mère est même obligé de freiner ses gestes d’aide, parce que ça lui est insupportable bien qu’adorable, de voir son petit fils plié en quatre et courir pour lui mettre ses chaussons ou lui apporter sa béquille. Il a bien compris, bien vu que c’était plus difficile pour elle que pour quiconque d’enfiler ses chaussons ou simplement de marcher. Mais elle ne veut surtout pas qu’à 22 mois il soit un assistant de vie alors que c’est elle qui est là pour lui et non l’inverse.

Ma mère est handicapée et pourtant s’il y a bien quelqu’un à qui je confierais mon fils c’est bien elle et personne d’autre ! Je lui laisse les yeux fermés alors que je ne le ferais pas aussi facilement avec quiconque. En ce moment même, super mamie joue les infirmières avec son petit cupidon malade, privé de crèche. Ce qui n’est pas pour déplaire aussi bien à l’un qu’à l’autre !

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7 Réponses to “Les enfants et le handicap”

  1. amalise décembre 12, 2012 à 12:52 #

    Encore un superbe article, j’aime vraiment beaucoup la façon très touchante dont tu écris ♥. J’ai un ami dont les 2 parents étaient aveugles. Lui et sa soeur n’avaient aucun problème de vue, et ils ont grandi de façon très sereine et épanouie, malgré le handicap de leurs parents. Ce qui est frappant, c’est qu’ils travaillent tous les 2 dans des associations de soutien aux handicapés aujourd’hui. Ils ont une ouverture d’esprit peu commune, et une richesse de coeur incroyable. Il y a bien entendu des personnes qui ne connaissent pas le milieu du handicap qui ont ces qualités, mais elles ont forcément une sensibilité différente … Merci pour ce très beau texte, et de te dévoiler de cette manière!

  2. parleamamere décembre 17, 2012 à 1:34 #

    Merci pour tes compliments ❤
    Ca fait du bien de coucher des aspects de sa vie sur papier, enfin sur numérique^^

  3. Diline décembre 18, 2012 à 10:27 #

    Magnifique article…
    Je rejoins amalise, ta façon d’écrire est très touchante

  4. theworkingmum décembre 31, 2012 à 11:15 #

    c’est un super témoignage… Je me demande alors si les bébés sont si censés pourquoi les adultes sont ils si cons alors??

    • parleamamere décembre 31, 2012 à 2:30 #

      Ah ah ! Il doit se passer un truc à un moment donné quand on grandit :p

  5. Millie mars 12, 2014 à 10:52 #

    Magnifique !

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